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Rendre les communautés rurales plus visibles grâce aux données

Pour le Dr Leith Deacon, améliorer le bien-être en milieu rural commence par poser les bonnes questions. Les systèmes de collecte de données, conçus surtout pour les populations urbaines, ne tiennent pas compte des défis et des besoins propres aux communautés rurales, qui demeurent sous-représentées.

« Par conséquent, elles peuvent devenir statistiquement invisibles. En l’absence de données, il devient plus difficile de démontrer les besoins, ce qui mène à moins de ressources et d’attention des politiques publiques – un cycle qui tend à s’autoentretenir », explique le Dr Deacon, titulaire de la Chaire de recherche McCall MacBain sur la résilience des communautés rurales et professeur associé en planification et développement ruraux à l’Université de Guelph.

Le Dr Deacon, qui a grandi dans le nord de l’Ontario, a rapidement compris comment les inégalités en matière de données peuvent limiter l’accès et les possibilités pour les communautés rurales. Ces lacunes sont devenues plus évidentes pendant la pandémie, alors que de nombreuses mesures de santé publique ne tenaient pas compte des réalités rurales.

« Plusieurs des mesures de soutien mises en place ne se transposaient tout simplement pas aux réalités rurales. Pensons notamment à l’apprentissage en ligne dans des régions où l’accès à Internet haute vitesse est peu fiable, ou encore à des messages de santé publique destinés à des quartiers densément peuplés alors qu’en réalité les gens peuvent être très isolé·es géographiquement », explique-t-il.

C’est ce qui a motivé son étude visant à mesurer l’impact de la pandémie sur le bien-être et la santé des individus dans les communautés agrorurales de Huron et de Perth. Les résultats de cette petite étude pilote ont eu des retombées considérables. Ils ont ouvert la voie à des recherches plus approfondies, éclairé des initiatives de planification communautaire régionales et aidé des services locaux, souvent à court de ressources, à plaider en faveur d’un investissement gouvernemental plus important. Qui plus est, cette étude a mis en évidence la nécessité – et les avantages – d’un engagement plus soutenu à étudier les populations rurales et mal desservies.

Écouter les communautés rurales

With investment from the McCall MacBain Foundation, Dr. Deacon and the University of Guelph launched the HEAR (Health, Economy, and Adaptation in Rural communities) Initiative in 2025.

Grâce au soutien de la Fondation McCall MacBain, le Dr Deacon et l’Université de Guelph ont lancé en 2025 l’initiative HEAR (Health, Economy, and Adaptation in Rural communities – Santé, économie et adaptation dans les communautés rurales), une plateforme de recherche longitudinale participative visant à combler les lacunes persistantes en matière de données touchant les communautés rurales et autres populations mal desservies au Canada. L’initiative sera lancée en Ontario et se déroulera sur six ans au rythme de deux enquêtes bisannuelles dans des communautés rurales et éloignées. Elle portera sur trois domaines interconnectés essentiels au renforcement de la résilience rurale : la santé, l’économie et l’adaptation. La première, une enquête papier à grande échelle et menée auprès des ménages, est conçue pour assurer une couverture étendue et une représentation des différents types de communautés. La seconde, numérique et individuelle, permet aux participant·es de partager leurs expériences personnelles concernant l’accès aux soins, les défis liés à l’emploi et les obstacles aux services. Ensemble, ces enquêtes permettront aux chercheur·es de constituer un ensemble de données reflétant à la fois le contexte des ménages et les expériences individuelles.

HEAR vise à couvrir 20 % des foyers ruraux et éloignés de la province (environ 280 000 maisons), ce qui en fait l’un des plus importants projets concertés de collecte de données sur le bien-être en milieu rural. Un ensemble de données plus vaste permettra non seulement de mieux comprendre ces communautés dans leur ensemble, mais aussi de mettre en évidence les différences locales et les variations régionales, d’élaborer des politiques plus ciblées et mesurables et de donner aux communautés les moyens de participer aux décisions concernant les enjeux qui touchent leur vie.

« Ce qui distingue HEAR de nombreuses enquêtes existantes, c’est qu’elle a été conçue spécialement pour les contextes ruraux, plutôt que d’adapter des outils destinés aux populations urbaines. Elle reconnaît que les expériences rurales sont particulières et doivent être étudiées de manière à pouvoir en compte », explique le Dr Deacon.

Pour y parvenir, l’enquête est conçue en collaboration avec les communautés qu’elle vise à toucher. L’initiative est encadrée par un comité consultatif de 15 membres issu·es de secteurs divers – santé publique, agences de développement, organisations environnementales, organismes à but non lucratif – et provenant de toutes les régions de la province. Impliqué·es à chaque étape du processus, les membres cocréent l’enquête, l’adaptent aux réalités vécues et aux contextes culturels des diverses populations rurales, s’assurent d’une participation significative en instaurant la confiance et en accédant aux réseaux locaux, et contribuent à l’interprétation et à la diffusion des données en contextualisant les résultats et en favorisant l’action communautaire. Cette approche participative permet de garantir que les données recueillies sont de grande qualité et ont un impact significatif.

« Cela crée un sentiment de responsabilité partagée. Il ne s’agit pas seulement de recueillir des données sur les communautés, mais avec elles, ce qui les rend beaucoup plus significatives et exploitables. En ce sens, la collaboration n’est pas seulement un atout, c’est ce qui rend les données crédibles, pertinentes et utiles pour la prise de décision », soutient le Dr Deacon.

De plus, HEAR offrira des bourses à neuf étudiant·es au doctorat ou aux études supérieures en développement et planification rurale afin de soutenir le projet et, de manière plus générale, de dénicher, de former et d’encadrer de nouveaux talents en recherche rurale.

Transformer les données en action

La première enquête est prête à être lancée et le Dr Deacon espère qu’il permettra aux gouvernements de mieux comprendre les particularités régionales afin de concevoir des programmes adaptés. Il espère aussi qu’il permettra aux communautés d’accéder à plus de ressources, d’améliorer la planification locale et d’utiliser les données probantes pour plaider en faveur de leur bien‑être.

Pour y parvenir, l’Université de Guelph s’emploiera à transformer les données en ressources et outils conviviaux et accessibles et à renforcer la capacité des communautés à mettre en œuvre des initiatives porteuses à l’échelle locale et provinciale.

Le Dr Deacon estime que d’offrir aux communautés et aux décideurs les moyens d’utiliser les données et les outils du projet HEAR changera la perspective et se traduira par plus d’efficacité et d’équité pour les communautés rurales.

« En fin de compte, tout cela contribue à renforcer la résilience : les communautés visibles dans les données sont mieux préparées à relever les défis, qu’il s’agisse d’une crise de santé publique, de bouleversements économiques ou de la planification du développement à long terme », ajoute-t-il.

L’initiative HEAR s’inscrit dans notre engagement stratégique à soutenir des projets axés sur le bien‑être et fondés sur des données probantes dans les villes natales de notre fondateur et de notre fondatrice. Découvrez ce que nous donnons au comté de Huron ici.