Bien avant qu’elle décide de demander de l’aide, une jeune personne en difficulté a beaucoup d’obstacles à surmonter : la stigmatisation, l’incapacité de mettre des mots sur sa difficulté, les normes culturelles et sexuelles contraignantes et la méconnaissance des ressources disponibles et des moyens d’y accéder.
Au Canada et ailleurs dans le monde, le modèle des services intégrés pour les jeunes (SIJ) transforme la façon dont on apporte du soutien aux jeunes gens. Il consiste à réunir sous un même toit tout un éventail de services centrés sur les jeunes – santé mentale, consommation de substances psychoactives, emploi, logement – et à offrir un lieu sûr où passer du temps, rencontrer des semblables, nouer des relations positives, prendre part à des programmes et à des activités adaptés et obtenir de l’aide pour accéder aux services. En Ontario, ces espaces jeunesse portent le nom de Carrefours bien-être pour les jeunes de l’Ontario (CBEJO); ils sont présents dans 32 villes et localités de la province.
Depuis l’ouverture des CBEJO en 2019, l’intérêt pour les services qu’ils proposent croît rapidement, d’autant que le bien-être des jeunes connaît un déclin alarmant partout au pays. Le Carrefour le plus occupé est celui en pleine croissance de Wellington-Guelph, qui comporte plusieurs emplacements afin de mieux servir les communautés rurales et éloignées. Rien qu’en 2024, il a enregistré plus de 36 000 visites – deux fois plus que la moyenne provinciale – ainsi qu’une hausse de 50 % des besoins cliniques.
Cette hausse mettait déjà à l’épreuve la capacité du Carrefour, où les employé·es peinaient à satisfaire la demande. La pénurie de personnel dans le domaine de la santé partout au pays et le bas taux de rétention qui caractérise les organismes communautaires surchargés limitaient aussi son aptitude à recruter les talents et à les maintenir en poste.
Les Carrefours sont souvent en concurrence avec les hôpitaux, les écoles, les grands organismes et les cliniques privées pour les mêmes talents. De plus, le taux de rétention est influencé par la charge de travail, la pression exercée par le système dans son ensemble et les exigences associées à l’accompagnement de jeunes et de familles aux besoins souvent complexes.
Jeff Hoffman, directeur administratif du CBEJO de Wellington-Guelph
Cela est encore plus vrai dans les régions rurales ou éloignées, qui disposent de beaucoup moins de talents que les centres urbains, ce qui se répercute directement sur l’accessibilité des services.
Une volonté de proposer un cheminement aux étudiant·es

En 2024, avec le soutien financier de la Fondation McCall MacBain et d’autres donateurs, le CBEJO de Wellington-Guelph a entrepris d’étendre son programme de stages de manière à épauler le personnel de ses emplacements en expansion, mais aussi à donner à un plus grand nombre d’étudiant·es un avant-goût du travail communautaire auprès des jeunes. C’est ainsi qu’au cours de l’année et demie qui a suivi, il a engagé 52 étudiant·es provenant de 19 établissements d’enseignement postsecondaires.
Ces stages d’une durée générale de deux mois donnent aux étudiant·es un bon aperçu des SIJ, des exigences du travail clinique et d’autres éléments clés, par exemple l’accès facilité, la protection des renseignements personnels, la confidentialité, les limites, les attentes en matière de documents et la coordination d’une équipe multidisciplinaire.
Être le premier point de contact signifie écouter réellement les histoires des gens, établir la relation de confiance et aider les jeunes d’une manière concrète et immédiate. Nous les dirigeons vers les ressources appropriées et le soutien nécessaire.
Manny Singh, ambassadeur jeunesse
Pour favoriser leur apprentissage et leur croissance professionnelle, le Carrefour propose aux stagiaires de participer aux rencontres d’équipe, aux consultations, à la planification des programmes, à l’accompagnement réflexif et aux formations pertinentes. Il prévoit aussi une séance d’orientation sur les lieux, afin de les familiariser avec la communauté dans laquelle ils et elles travailleront et les autres services de soutien disponibles.
En retour, les stagiaires augmentent la capacité du Carrefour. Ils et elles suivent les membres de l’équipe clinique, ont des contacts avec les jeunes, aident à la coordination administrative et à la programmation et concourent à la souplesse du service, par exemple en permettant de garder le Carrefour ouvert les soirs et les week-ends.
« Les stagiaires fournissent une énergie, des compétences et des capacités supplémentaires au Carrefour , » explique Jeff. « Ils et elles apportent souvent de nouvelles idées, des connaissances récentes tirées de leur programme d’études et un grand intérêt pour le travail auprès des jeunes. »
Manny, qui a noté une lacune à son Carrefour, a aidé à concevoir une salle de recueillement et de prière afin de favoriser l’inclusion, l’intimité et le respect. Il est aussi entré en contact avec les chefs religieux de la communauté pour réunir des ressources et de la documentation et promouvoir une ouverture aux différentes religions.
« Prendre l’initiative d’un projet qui aura des retombées durables sur les jeunes a renforcé ma confiance en ma capacité d’exercer une influence positive », dit-il.
Pour les stagiaires, cette rare occasion de travailler directement auprès des jeunes aussi tôt dans leur parcours leur permet de découvrir diverses carrières et de déterminer celle qui les attire. Avant de se joindre au Carrefour, Charlotte Spicer, diplômée en psychologie, croyait qu’elle n’avait d’autre choix que de s’inscrire à la maîtrise, puis au doctorat.
« Je me serais rendue jusqu’au doctorat sans jamais avoir eu de conversation difficile avec un ou une jeune, affirme celle qui envisage maintenant une carrière en travail social afin de continuer d’œuvrer auprès de cette clientèle. Travailler sur le terrain et découvrir le rôle et le parcours, non seulement de mes collègues du Carrefour, mais aussi des autres prestataires de services communautaires, ont élargi considérablement ma vision et m’ont mise sur une nouvelle voie. »
Donner à des étudiant·es le goût de travailler auprès des jeunes plus tard, voilà ce que le Carrefour espère accomplir avec son programme de stages.
Nous souhaitons qu’au terme de leur stage, les étudiant·es aient une bonne idée des retombées que peut avoir un modèle efficace de travail communautaire pour les jeunes. Qu’ils et elles restent aux CBEJO ou poursuivent leur carrière à un autre organisme communautaire, à une école, dans le milieu de la santé et des services sociaux ou à une clinique, l’important est que ces étudiant·es fassent la promotion d’un modèle collaboratif centré sur les jeunes.
Jeff Hoffman, directeur administratif du CBEJO de Wellington-Guelph
Un vivier de talents pour les CBEJO de toute la province

Pour un grand nombre de stagiaires comme Charlotte, l’expérience a débouché sur des possibilités à long terme aux CBEJO. Aujourd’hui, Charlotte est coordonnatrice du mieux-être des jeunes; elle fournit un soutien clinique aux jeunes.
[Le stage] s’est avéré une expérience extraordinaire à plusieurs égards, relate-t-elle. Sur le plan professionnel, j’ai assumé davantage de responsabilités et eu accès à des possibilités d’apprentissage sous forme de séances de formation, de colloques, de conversations informelles ou de collaboration avec des professionnel·les que je n’aurais jamais rencontré·es autrement. Je réalise que c’est le genre d’expérience que j’aurais attendu durant des années dans d’autres milieux de travail.
Charlotte Spicer, coordonnatrice du mieux-être des jeunes
Jusqu’ici, 10 étudiant·es ont décroché un emploi à temps plein au Carrefour à la fin de leur stage.
Fort de ce début prometteur, le CBEJO de Wellington-Guelph est prêt à faire part de ses apprentissages aux autres CBEJO de la province. Grâce à des fonds supplémentaires de la Fondation McCall MacBain, le Centre de toxicomanie et de santé mentale (CAMH), organisme qui chapeaute les CBEJO, veillera à établir de solides données probantes en vue de reproduire le programme de stages ailleurs, d’évaluer différents modèles, de mettre les CBEJO en contact avec les établissements d’enseignement, de colliger les données et de surveiller les retombées.
« Ce que je retiens principalement, c’est qu’un programme de stages peut constituer une véritable stratégie de formation de la main-d’œuvre à long terme et pas seulement une solution temporaire à un problème de capacité, estime Jeff. Dans les petites communautés rurales en particulier, les stages montrent aux étudiant·es les avantages et les occasions qui les attendent en dehors des grands centres urbains. Compte tenu de la pression que subit le secteur, le programme s’est avéré un moyen efficace de former des talents localement. »
Le programme de stages des CBEJO et son expansion sont financés par l’entremise de la Fondation McCall MacBain, dont un des engagements stratégiques est de soutenir les solutions fondées sur des données probantes qui contribuent au bien-être et à la santé mentale des jeunes. Pour en savoir plus, cliquez ici.

