Originaire de Yellowknife, Élise Auld, 16 ans, n’aurait jamais imaginé se retrouver un jour dans la salle du Sénat du Parlement du Canada à prononcer des déclarations, à débattre de projets de loi et à proposer des amendements.
« On apprend la politique à l’école et on se dit que c’est tellement plus grand que soi, puis un jour, on a l’occasion de s’asseoir dans le siège d’un vrai sénateur ou d’une vraie sénatrice, et tout devient réel », raconte Élise, encore un peu étonnée de ce qu’elle a vécu.
Pour les jeunes Canadien·nes, les occasions de comprendre de l’intérieur les institutions, les processus et les personnes qui font fonctionner le gouvernement et la démocratie – au niveau national de surcroît – sont rares.
En novembre dernier, 73 jeunes de partout au pays se sont rendu·es à Ottawa pour le tout premier Parlement jeunesse du Canada (PJC), une simulation parlementaire nationale qui leur offrait une chance unique de participer à la démocratie canadienne en personne.
Pendant quatre jours, ces jeunes, âgé·es de 16 à 20 ans et sélectionné·es parmi plus de 500 candidat·es à l’échelle nationale, ont pris part à diverses activités. Ils et elles ont incarné des député·es qui adoptent et amendent des projets de loi, rencontré des parlementaires, observé la Chambre des communes en séance et interagi avec des fonctionnaires, du personnel politique et des journalistes.
Le programme était organisé par CIVIX, organisme qui travaille depuis plus de 20 ans à offrir une éducation civique non partisane et des expériences d’apprentissage pratiques pour aider les jeunes à développer leurs connaissances civiques, leur littératie médiatique, leur esprit critique et d’autres compétences générales nécessaires à une véritable participation à la démocratie.
« Nous croyons que la démocratie et la citoyenneté s’apprennent mieux par la pratique, soutient la directrice générale de CIVIX, Lindsay Mazzucco. Avec PJC, nous voulions offrir aux jeunes Canadien·nes une expérience immersive de débat parlementaire, de collaboration et de prise de décision démocratique et susciter un intérêt durable pour l’engagement civique. »
– Lindsay Mazzucco, Directrice générale de CIVIX
Conçue par et pour les jeunes Canadien·nes
Pour sa simulation parlementaire, CIVIX a inclus les jeunes dès la première étape : la conception. Des parlements modèles existent dans plusieurs provinces canadiennes. CIVIX a donc formé un comité organisateur composé de 10 jeunes possédant une solide expérience dans leur parlement jeunesse provincial respectif. Ce comité s’est réuni au fil de plusieurs mois afin de concevoir la simulation, de choisir les sujets de débat, de rédiger les projets de loi et d’intégrer les bonnes pratiques.
« Nous avions des membres de la Saskatchewan, du Québec, du Manitoba, qui apportaient chacun·e des exemples de ce qui a bien fonctionné dans leur simulation provinciale et des idées sur la manière de les adapter à un modèle national », explique Bisman Randhawa, membre du comité organisateur originaire du Manitoba.
Ces jeunes comprenaient bien le degré de conscience politique de leurs pairs, les enjeux qui seraient les plus pertinents à leurs yeux et les sujets susceptibles de susciter des points de vue variés et divergents.
« Impliquer les jeunes à chaque étape a été essentiel pour créer un programme aussi pertinent et stimulant, affirme Lindsay. Nous avons vu les participant·es échanger pendant les pauses et même poursuivre leurs discussions après les séances. »
Grâce à des débats captivants – et parfois houleux – sur des sujets allant du vote obligatoire aux tarifs douaniers, les participant·es ont pu entendre le point de vue de personnes de partout au pays, y compris de communautés qui se sentent souvent éloignées du discours politique dominant. C’est un avantage majeur du modèle national par rapport au modèle provincial.

« Il était extrêmement important pour nous que le groupe soit représentatif du Canada », souligne Lindsay. CIVIX a veillé à ce que le programme soit entièrement bilingue et à ce qu’il y ait au moins un·e participant·e de chaque province et territoire et des représentant·es de divers milieux : ville, banlieue, campagne, région éloignée.
« J’ai appris tellement de choses sur ce qui se passe dans d’autres communautés au pays, se souvient Élise. De plus, j’étais fière de représenter les Territoires du Nord‑Ouest et de parler des réalités qui touchent nos communautés, des feux de forêt jusqu’à la hausse du coût des aliments, sujets qui reçoivent souvent moins d’attention à l’échelle nationale. »
Apprendre par la pratique
Les programmes comme PJC reposent sur l’idée que l’expérience de la démocratie, du gouvernement et de la citoyenneté dès l’adolescence peut avoir une influence positive sur la façon dont les jeunes envisagent leur rôle comme citoyen·nes, agent·es de changement et leaders tout au long de leur vie. En invitant les jeunes dans les espaces où la démocratie prend vie et s’exprime, les modèles comme PJC les aident à renforcer leur sentiment d’appartenance et d’autonomie tout en leur donnant des compétences pour composer respectueusement avec des points de vue divergents et des opinions variées.
Cela est particulièrement important aujourd’hui, dans un contexte où les jeunes, qui évoluent dans un monde changeant et incertain, un environnement médiatique complexe et une polarisation croissante, s’éloignent de la politique traditionnelle.
« Beaucoup de jeunes se disent que les choses vont déjà mal et qu’on ne peut rien y faire ou ne savent pas par où commencer. Je crois que le fait de s’exposer à des environnements discursifs, comme les parlements jeunesse, où abondent les débats, les contradictions, mais aussi la collaboration, peut aider les jeunes à comprendre qu’il est possible d’unir nos efforts pour changer les choses et leur montrer que tout le monde peut jouer un rôle. »
– Bisman Randhawa, Membre du comité d’organisation des jeunes
En permettant aux jeunes Canadien·nes de se mettre dans la peau de celles et ceux qui dirigent le pays, PJC leur fait apprécier le travail en coulisses nécessaire au fonctionnement d’un gouvernement – fonctionnement que beaucoup trouvent complexe.
« La perspective est complètement différente, signale Jonas Alcantara, participant de Calgary, en Alberta. Par exemple, quand on voit la période des questions, on se dit : “Oh, ce n’est que de la dispute.” Mais ensuite, on rencontre les député·es et leur équipe en personne, et on comprend tout le travail qui se fait en coulisses, des réunions communautaires à la recherche. »
« Maintenant, quand j’entends parler de politique aux nouvelles, je comprends mieux ce qui se passe sous la surface », ajoute Élise.
Dans le sondage de CIVIX, plus de 80 % des participant·es ont dit avoir acquis une solide compréhension des processus parlementaires, tandis que 95 % ont indiqué que l’expérience avait augmenté leur intérêt pour la politique.
« Cette compréhension a un impact sur tout, peu importe ce que les participant·es feront par la suite, mentionne Lindsay. Par exemple, un·e jeune qui entame une carrière dans le domaine de la santé comprend maintenant l’influence de la politique sur ce secteur. »

Le programme favorise également la création de liens profonds entre les participant·es, qui, tout en échangeant des points de vue et des expériences différents, se découvrent une identité nationale commune. « Ça nous a été très bénéfique de constater que nous avons tou·tes les mêmes intérêts à cœur et que nous sommes véritablement uni·es en tant que Canadien·nes », dit un·e participant·e de l’Ontario.
De plus, les participant·es repartent avec des compétences transférables, notamment la rédaction de discours, la prise de parole en public, les techniques de négociation et le travail d’équipe.
Prochaine étape
Après un projet pilote réussi et de précieux apprentissages, CIVIX travaille maintenant à assurer la pérennité du programme et espère le proposer chaque année gratuitement.
« L’avenir de notre démocratie dépend de la participation et du leadership des jeunes, déclare Lindsay. Nous espérons offrir le PJC à davantage de jeunes de partout au Canada et ainsi former la prochaine génération de citoyen·nes et de leaders dynamiques et engagé·es. »
Le Parlement jeunesse du Canada a reçu des fonds de démarrage de la Fondation McCall MacBain, dans le cadre de l’engagement à offrir aux jeunes des occasions de développer leurs compétences et leur leadership.
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