La point de l’iceberg

Par Jocelyn Leblanc, Boursier internationale McCall MacBain 2018 (Espagne) 

Pour plusieurs qui me connaissent, je pourrais leur sembler comme une personne un peu compliquée lorsque vient le temps de parler de langue. La lutte de ma vie se concentre sur la question linguistique afin d’assurer la pérennité du fait français, maintenir nos acquis et respecter nos droits pour continuer à faire rayonner ma culture francophone et acadienne. C’est pour cette raison que, depuis longtemps, je cherche continuellement une façon d’améliorer ma langue seconde, l’anglais, sans toutefois faire reculer ce qui fait vibrer mon identité et ma culture : le français. En même temps, j’ai toujours cru que se limiter à une seule culture se traduit souvent à la renonciation volontaire de nouvel apprentissage.

Devenir boursier international McCall MacBain m’a permis de plonger dans un vaste océan culturel et d’apprendre une nouvelle langue. Mon intérêt pour l’espagnol a débuté en 2015 lorsque je suis allé au Honduras. Un des piliers du voyage était l’apprentissage du mode de vie d’un groupe de jeunes honduriens. Je me souviens de toute l’excitation que je vivais avant de partir. Cependant, je me suis senti comme si qu’inconsciemment, nous leur avions imposé davantage nos coutumes que nous aurions voulus. Après réflexion, j’avais conclu que le fait de me rendre en Honduras en ayant seulement les mots agua et hola dans mon répertoire de vocabulaire espagnol n’étaient sûrement pas la solution la plus gagnante si je voulais en apprendre au sujet des gens qui ont l’espagnol comme langue maternelle et de voir réellement la façon qu’ils voient le monde par leur dialogue. Après ce voyage, je m’étais promis de ne jamais retourner au Honduras sans pouvoir parler leur langue.

Pour mon séjour en Espagne, j’ai choisi de mettre en œuvre une façon de faire légèrement différente à celle du Honduras. Tout d’abord, j’ai suivi un cours d’espagnol avant de quitter le Canada. Le tout m’a permis de m’intégrer plus rapidement à ma nouvelle famille et à mon nouveau cercle d’amis. J’ai réussi à plonger plus vite dans le rythme de vie de Salamanque. Je réalise à quel point la façon que je vis au Canada est complètement différente de celle que je vis depuis le début septembre. L’heure de travail, la siesta, le système de transport, tout est différent!

Je dîne à 16 h et soupe à 22 h. La fiesta se termine à 6 h du matin. En fait, ce qui m’a marqué le plus à Salamanque est que l’horaire d’une journée typique n’est pas du tout le même que les gens de chez moi. Cela n’a pas pris trop d’ajustement, puisqu’avec le fuseau horaire de 5 heures de différence, je mange quasiment aux mêmes heures comme si j’étais au Canada!

Plus que j’apprends l’espagnol, plus que ça permet à la conversation d’être à propos des autres et non de moi-même. Au lieu d’avoir le monopole dans toutes les conversations parce que tout le monde me parle en anglais, ça me permet de prendre un pas de recul en raison de mon insécurité dans ma troisième langue et d’écouter davantage.

Je me souviens les premiers jours lorsque j’avais tellement honte d’être « pas bon » et de faire des erreurs. Je m’arrangeais toujours pour que des amis plus fort en espagnol passent mes commandes à ma place. Cependant, petit à petit, en faisant des efforts, je réalise que je me bâtis présentement une certaine confiance. Le simple fait de m’être fixé un objectif et être en voie de l’atteindre est extrêmement valorisant. Que ça soit les nouveaux mets que j’aime (ou pas!) ou encore découvrir jusqu’à quel point mon seuil de relativisme culturel se rend lorsque des taureaux sont mis à mort lors de la pratique des corridas de toros, chaque jour en Espagne m’aide à en apprendre davantage sur moi-même.

Apprendre une nouvelle langue ne m’a pas permis d’ouvrir une nouvelle porte. Ça m’a plutôt offert un trousseau de clés me permettant de découvrir des dizaines (ou même des centaines) de cultures. Cette langue me permet de découvrir le théâtre, la musique, le cinéma, la littérature et tout un monde de richesses au sujet de l’Espagne et d’autres régions du monde. Présentement, je me sens un peu comme si j’avais dormi lors des vingt dernières années de ma vie et que je dois maintenant me rattraper sur tout le retard que j’ai acculé. En tenant compte de mon âge, vous comprendrez que mon retard est assez considérable. Je développe déjà l’ambition d’apprendre de nouvelles langues afin que je puisse revivre les moments présents.