Identité et sensibilité Culturelle

Par Catherine Côte, Boursière internationale McCall MacBain 2018 (Pérou) 

Cette semaine, je me suis fait dire que la poutine de l’Ontario était de loin meilleure que celle du Québec, que le Québec était plate à visiter, parce que contrairement à ailleurs au Canada, le Québec MANQUE DE NATURE? et ressemble trop à l’Europe et que la question nationale était une perte de temps… Pas par une personne du Canada anglais… par une allemande de 21 ans qui a passé deux mois et demi à travailler dans un petit village de l’Ontario.

J’ai voyagé pas mal dans les dernières années, particulièrement dans des auberges jeunesse où l’on rencontre des voyageurs et où l’on se pose LA fameuse question : where are you from? Et puis c’est à ce moment-là qu’on se met à échanger sur nos pays d’origine, que l’on parle de nos voyages et qu’on découvre, la plupart du temps, des humains sensibles et intéressants.

Personnellement, mon sentiment d’identité n’est pas démesurément grand. Mais j’ai quand même un grand malaise quand on me demande « where are you from ». Répondre « I am from Canada » semble totalement inapproprié et faux, puisque je n’ai pas de sentiment d’appartenance au Canada. Alors la plupart du temps, je réponds « I live in Montreal, Quebec, in the French part of Canada ». Mais malgré mon malaise, probablement comme tout le monde, je n’aime pas qu’on parle en mal de l’endroit d’où je viens, qu’on émette des jugements sur les façons de faire des gens dans mon pays et sur ma culture.

Je pense réellement que la sensibilité culturelle, soit l’ouverture et le respect à la culture de l’autre, sont essentielles et primordiales dans les échanges interculturels, tant entre voyageurs qu’avec les gens du pays d’accueil. Il y a clairement un problème avec le fait de passer quelques semaines, voire quelques mois dans un pays et de délibérément expliquer à un local sa propre culture. Non seulement ça peut causer des tensions, mais c’est une attitude totalement inappropriée et qui manque nettement d’ouverture et de sensibilité. Porter des jugements ou faire des généralisations à partir d’observations limitées n’est pas seulement problématique en sciences, c’est problématique partout, car cela mène à des théories non validées, généralement non véridiques et qui manquent nettement de nuances et de contexte.

Un autre aspect auquel, selon moi, il faut être sensible lorsque l’on voyage, c’est l’attitude néocoloniale. J’ai longtemps eu de grandes réserves à m’aventurer à l’extérieur de l’Europe ou de l’Amérique du Nord. Je suis, la plupart du temps, restée dans les sentiers battus pour une raison claire : en tant que femme blanche privilégiée sur bien des aspects, je me sens mal d’aller faire du « tourisme » dans des pays qui ont été colonisés par mes ancêtres, où des tonnes de personnes ont été décimées par des épidémies et où leur(s) langue(s) et leur(s) culture(s) ont été décimées. Je me sens mal de voyager dans des pays où, je le sais, mon gouvernement encourage l’exploitation minière, l’exploitation de travailleurs d’humains, de leurs droits, de leur territoire, de leurs richesses naturelles. Cette attitude néocoloniale inclut aussi le fait de s’aventurer dans un pays sans en connaitre la langue, ni faire l’effort d’apprendre quelques mots de base (merci, s’il-vous-plait, bonjour, au revoir).

En lien avec cette attitude néocoloniale, en voyageant, je rencontre aussi énormément de voyageurs qui me détaillent avec excitation leurs plans pour les prochains mois : bénévolat dans un orphelinat (sans formation ou supervision claire et n’ayant aucune ou peu d’expérience avec les enfants), tuteur/tutrice en anglais (sans que l’anglais soit la langue maternelle de la personne ou qu’elle aille de formation ou d’expérience en enseignement), travailler dans une auberge contre un lit dans l’auberge et un déjeuner (alors que ce travail pourrait probablement être réalisé de façon rémunérée par une personne issue de la population locale). Le problème semble évident ici, non ? Et tout ça, c’est sans parler des problèmes d’attachement qui surviennent chez les enfants, particulièrement les orphelins, lorsqu’ils s’attachent à des bénévoles qui n’interagiront avec eux que pour une durée limitée, pour ensuite disparaitre et faire place à un nouvel arrivage de jeunes occidentaux bien intentionnés qui ne réalisent pas que leur engagement bénévole, bien qu’il apparaitra reluisant sur leur CV, pourrait causer plus de tort que de mal.

Tant de choses à ne pas faire… Mais qu’est-ce qui est approprié ? Probablement être curieux d’aspects généraux de la culture de l’autre, idéalement non polémiques. Si on désire parler d’un aspect polémique, il y a moyen de l’aborder en spécifiant que nous savons qu’il s’agit d’un sujet chaud et en se montrant sensible. J’aurai à occuper une position de bénévolat et un travail au cours de mon séjour au Pérou. Et je dois avouer qu’en prenant tout cela en considération, j’ai du mal à savoir où chercher. Une chose est certaine, et c’est que peu importe ce que je ferai, ce sera avec une sensibilité aux gens avec qui je serai en contact, à la culture et à l’histoire coloniale, et de préférence, un travail pour lequel je serai qualifiée et supervisée. En somme, il s’agit de favoriser la discussion plutôt que le jugement dans les échanges interculturels et de toujours garder en tête qu’en tant qu’occidentaux, un bagage de plusieurs centaines d’années nous suit.